HERBICIDES ET ENVIRONNEMENT

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Les doses réduites d'herbicides

en grande culture.

Par Pierre Lachance, agronome

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voir aussi:Les doses réduites, un phénomène mondial

Les doses réduites d'herbicides sont utilisées par de nombreux agriculteurs au Québec et ce, malgré un support scientifique très limité. Il existe des recommandations officielles de traitements à doses réduites d'herbicides. Ces recommandations ne couvrent pas encore toutes les cultures et tous les herbicides aux USA. Les états les plus avancés sont le Danemark, l'Arkansas, le Missouri et le Nebraska.

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On ne peux pas prédire si les doses réduites peuvent réussir tous les ans, avec tous les herbicides, dans tous les types de sols et avec toutes les espèces de mauvaises herbes. Le MAPAQ ne recommande donc pas les doses réduites d'herbicide de la façon dont les pleines doses sont recommandées. Au Québec, nous favorisons une approche de lutte intégrée. C'est une approche qui intègre le dépistage des mauvaises herbes et le sarclage combiné au traitement herbicide.

Qu'est-ce qu'une dose réduite d'herbicide ?

Qui utilise des doses réduites d'herbicide ?

Comment une dose réduite peut-elle être efficace ?

Les doses réduites fonctionnent-elles avec tous les herbicides ?

Les doses réduites d'herbicide sont-elles efficaces dans toutes les conditions ?

L'effet résiduel est-il le même qu 'à pleine dose pour les herbicides appliqués au sol ?

Les adjuvants (huile ou acide)sont-ils nécessaires ?

Les stratégies gagnantes !

Quels sont les risques ?

Un peu de philosophie

 

Qu'est-ce qu'une dose réduite d'herbicide ?

Une dose réduite d'herbicide est une dose inférieure à la plus petite dose recommandée sur l'étiquette pour un usage donné.

 

Il ne s'agit pas de traitement en bande. On parle de traitement en bande si on effectue un traitement à pleine dose sur une fraction de la surface cultivée. Il ne s'agit alors pas d'une dose réduite. On peut cependant traiter à la fois en bande et à dose réduite sur la bande.

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Qui utilise des doses réduites d'herbicide ?

Les agriculteurs qui réduisent la dose de leurs herbicides connaissent bien leurs champs et le mode d'action des herbicides qu'ils utilisent. Ils acceptent aussi de gérer le risque lié à l'annulation de la garantie du produit et au désengagement du programme d'Assurance Récolte. Ce dernier ne couvre pas les pertes de rendement dues à des problèmes de mauvaises herbes si des doses réduites ont été utilisées.

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Comment une dose réduite peut-elle être efficace ?

Les doses de l'étiquette comprennent une marge de sécurité.

Dans des conditions idéales, une dose inférieure à la dose recommandée peut être suffisante. Les fabricants calculent la dose en prévoyant des conditions météo défavorables (sol trop sec, temps trop froid)et une forte infestation de mauvaises herbes. L'erreur humaine, comme un mauvais calcul ou un ajustement inadéquat du pulvérisateur sont aussi des risques qu'ils essaient de minimiser.

Si vous entretenez un pulvérisateur très performant et que vous traitez des champs relativement propres dans les meilleures conditions, vous pouvez réussir avec des doses réduites.

La dose nécessaire varie selon l'espèce de mauvaise herbe.

La sensibilité des différentes espèces de mauvaises herbes varie pour un herbicide donné. La dose d'herbicide recommandée vise les espèces de mauvaises herbes les plus difficiles à tuer. Si les espèces les plus coriaces ne sont pas présentes dans un champ, la dose nécessaire pour tuer les plus sensibles peur être moins élevée que la dose recommandée.

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Les doses réduites fonctionnent-elles avec tous les herbicides ?

Nous l'ignorons. L'efficacité des doses réduites doit être testée avec tous les herbicides ou combinaisons d'herbicides homologuées. Il y a 250 recettes homologuées dans le maïs seulement. Il est risqué de se fier à une recette qui a bien fonctionné chez un voisin. Chaque producteur doit développer ses stratégies de lutte à petite échelle dans ses propres conditions de culture.

 

Les doses réduites d'herbicide sont-elles efficaces dans toutes les conditions ?

Les fabricants calculent la dose pour prévoir des conditions météo défavorables (sol trop sec, temps trop froid, etc....). Il est possible qu'à dose réduite, le traitement soit encore plus sensible aux mauvaises conditions.

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L'effet résiduel est-il le même qu 'à pleine dose pour les herbicides appliqués au sol ?

On attend un effet durable de certains herbicides appliqués au sol. On peut s'attendre à ce qu'un herbicide appliqué à dose réduite soit efficace moins longtemps que s'il avait été appliqué à pleine dose. Cela ne change rien pour certaines mauvaises herbes qui lèvent en début de saison.

D'autres mauvaises herbes peuvent lever tard en saison, après que l'herbicide ait cessé d'agir. Ces mauvaises herbes tardives peuvent être nuisibles selon l'espèce en question et la compétitivité de la culture. Les exigences de la récolte en terme de qualité et de rendement doivent aussi être considérés.

Les adjuvants (huile ou acide)sont-ils nécessaires ?

Certains producteurs qui réduisent les doses utilisent aussi un adjuvant à base d'huile végétale ou encore un acide pour conditionner l'eau de pulvérisation avant le mélange. Aucune recherche scientifique n'a encore confirmé l'utilité de ces procédés.

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Les stratégies gagnantes

Choisissez un champ propre !

Certains champs se passeraient carrément d'herbicide tellement ils sont propres. L'application d'un herbicide à dose réduite constitue alors une forme d'assurance propreté. Vous ne saurez pas si votre dose réduite est valable pour une forte infestation mais vous aurez au moins fait l'économie en minimisant les risques. Il faut bien connaître l'historique de ses champs pour identifier au printemps lesquels sont assez propres. Cela n'est pas une bonne idée de faire l'essai sur toute la ferme. Au cours de l'été, marchez vos champs et prenez des notes, cela vous servira à planifier vos traitements l'année suivante.

La magie du sarcleur.

Un programme de lutte intégrant à la fois le désherbage mécanique et les moyens chimiques constitue la stratégie idéale pour l'utilisation de doses réduites. Au Wisconsin, on recommande un traitement herbicide en pré émergence à 50% de la dose si un sarclage est planifié. Il faut toutefois vérifier cette approche dans les conditions du Québec.

La dose peut varier localement.

Si le champ à traiter comporte des zones très infestées comme les bordures ou les cintres, il vaut mieux traiter ces zones à pleine dose.

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Les champs traités à dose réduite doivent être surveillés.dépisteur à l'action

L'utilisation de doses réduites d'herbicides, convient à ceux qui suivent de près leurs champs et qui savent identifier leur mauvaises herbes ou encore à ceux qui bénéficient du suivi professionnel du MAPAQ ou d'un club conseil. Un dépistage presque hebdomadaire des champs est nécessaire pendant la période propice aux traitements. De cette façon, si le résultat n'est pas satisfaisant, on peut corriger par un traitement en post-émergence. Certains bureaux du MAPAQ et quelques clubs agroenvironnementaux offrent ce service de dépistage.

Faites régler votre pulvérisateur par un expert et calibrez chaque buse

Le défaut le plus usuel des pulvérisateurs agricoles, c'est l'inégalité du débit d'une buse à l'autre. Une buse qui ne donne que 50% du débit lorsqu'on a déjà réduit la dose de 50%, cela aboutit à 25% de la dose. Ceci peut faire échouer un traitement.

Traitement en pré émergence

Les conditions climatiques affectent la performance les pleines doses, il y a toutes les chances que de soit encore plus vrai avec les doses réduites. Il faut être vigilant et prêt à faire un nouveau traitement. La plupart des herbicides de pré émergence demandent un sol suffisamment humide sinon l'herbicide n'est pas activé.

Certains herbicides de pré émergence sont aussi homologués en post émergence hâtive. Ceci prolonge leur effet résiduel et peut compenser en partie une dose moins forte.

Traitement foliaire en post émergence

Il y a des conditions à respecter pour que les doses réduites fonctionnent en traitement foliaire. Les mauvaises herbes doivent être petites car les doses réduites ne fonctionnent pas bien lorsqu'elles sont grosses. Les conditions de croissance doivent être bonnes. S'il fait trop chaud et trop sec pour les herbicides à effet foliaire, les doses réduites ne donneront pas des résultats satisfaisants. Vous devez choisir un herbicide qui est très efficace sur les espèces qui infestent le champ. Si vous avez des mauvaises herbes vraiment difficiles à détruire comme l'abutilon, par exemple, le réduction des doses est déconseillée. Une approche intéressante développée en Ohio est le traitement foliaire fractionné. Deux applications d'un quart de la dose à environ dix jours d'intervalle donnent des résultats excellents.

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Quels sont les risques ?

Un programme d'herbicides à doses réduites qui fonctionne chez votre voisin ne fonctionnent pas nécessairement chez vous !

Vous n'avez pas nécessairement les mêmes mauvaises herbes, ni les mêmes sols, ni le même équipement. Le meilleur choix d'herbicide pour vos champs n'est pas nécessairement le même que chez votre voisin. Un programme herbicide basé sur des doses réduites doit être développé dans vos propres conditions.

La garantie

Les fabricants d'herbicides offrent une garantie à leur clients. Cette garantie devient nulle si le produit a été utilisé en dehors des recommandations inscrites sur l'étiquette.

L'Assurance-Récolte

L'Assurance-Récolte ne couvre pas les champs traités à dose réduite d'herbicide pour des pertes qui seraient attribuables aux mauvaises herbes.

Le développement de résistances

Théoriquement, le développement de mauvaises herbes résistantes peu se produire si des mauvaises herbes ne sont pas détruites par le traitement et se croisent entre elles. Cela est possible, qu'il s'agisse d'une pleine dose ou d'une dose réduite.

Dans la pratique, il n'y a pas de cas répertorié de développement de résistance dû à l'utilisation de doses réduites d'herbicides. Les cas connus se sont développés avec des pleines doses et des surdoses.

Ce n'est donc pas parce qu'on utilise des pleines doses qu'on évite la résistance. La rotation des herbicides et le contrôle mécanique sont les meilleures stratégies de prévention contre la résistance.

La banque de graines

Tant que les traitements sont réussis, il n'y aura pas d'augmentation de la banque de graines du sol, même après plusieurs années de traitements à doses réduites d'herbicides. Si le traitement à pleine dose ou à dose réduite est raté, il y a risque de voir augmenter la population des mauvaises herbes.

Après une forte infestation, si vous labourez, vous ne verrez probablement pas de différence l'année suivante. Vous aurez enfoui le problème. Portez cependant une attention spéciale le deuxième année après l'infestation, lorsque le labour ramène ces graines en surface.

En travail réduit du sol, l'effet d'une forte infestation paraîtra dès l'année suivante. Traitez alors à pleine dose.

La loi

Une utilisation non conforme à l'étiquette d'un herbicide est illégale si elle équivaut à une utilisation dans des conditions dangereuses. L'Agence de Réglementation de la Lutte Antiparasitaire du Canada ne considère pas la réduction de dose comme une condition d'utilisation dangereuse.

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Un peu de philosophie

Bien des agriculteurs exigent de leur programme herbicide une répression totale des mauvaises herbes. L'industrie agro-chimique s'est toujours fait un devoir d'exaucer ce souhait. Dans notre belle région, on peut admirer des hectares et des hectares de maïs d'une propreté absolue. Il y a des champs où on trouve moins de mauvaises herbes que sur une allée de quilles ! Il y a un coût à ce contrôle absolu. Un coût qui allège votre portefeuille et qui alourdit le risque environnemental.

De plus en plus d'entreprises agricoles développent une approche différente. Pour un programme de répression qui permettrait une économie substantielle d'herbicide, de 30% à 50% par exemple, on tolérerait bien quelques mauvaises herbes pourvu qu'elles n'affectent pas le rendement et qu'elles ne présentent pas de risque pour les années à venir.

Il y a donc un intérêt pour des programmes de répression chimique où le producteur trouve un compromis entre son désir d'obtenir un champ propre et le coût du traitement. L'industrie agro-chimique ne peut pas accompagner le producteur sur ce chemin. Pour respecter sa garantie, le fabricant d'herbicide doit gérer de coûteuses réclamations.

Les producteurs agricoles intéressées développent donc à la ferme une approche personnelle de la gestion des mauvaises herbes. Ils y vont par essais et erreurs. Les essais cela prend du temps et les erreurs, ça coûte cher !

Certaines entreprises ont l'aide d'un conseiller du MAPAQ ou d'un conseiller semi-privé (club conseil, groupe de bassin versant) pour mesurer, peser, compiler et analyser les résultats de ces essais. Cette assistance permettra au producteur de développer une stratégie de répression personnalisée en fonction des outils dont il dispose et des caractéristiques de ses champs. On entre ici dans l'univers de la lutte intégrée.

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Annexes

Le traitement foliaire fractionné (Ohio)

Des recherches ont été menées par Mark Loux de l'Université d'état de l'Ohio, sur des traitements en post émergence dans le soya en semis direct. Il recommande deux traitements à un quart de dose chacun appliqués à environ 16 jours d'intervalle. Les conditions doivent être optimales et un burndown doit avoir été effectué au préalable pour éliminer les vivaces. Cette approche doit être validée pour le Québec.

Demi Dose en pré émergence + sarcleur (Wisconsin)

J. Doll et ses collaborateurs à l'Université du Wisconsin recommandent des demi doses en pré émergence dans le maïs. Les tests scientifiques ont été répétés pendant six années consécutives dans des essais à la ferme. Les rendements n'ont pas diminué et les mauvaises herbes ne se sont pas accumulées. Ils recommandent cependant de toujours prévoir un sarclage dans le programme de contrôle et de choisir les champs où il n'y a pas d'espèces de mauvaises herbes qui sont difficiles à détruire avec les pleines doses.

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Reduced Herbicide Rates: Aspects to Consider : Document .pdf à télécharger

Traitez le maïs en post émergence hâtive

On peut prolonger l'effet résiduel des herbicides de pré émergence en les appliquant en post hâtive, c'est à dire après l'émergence mais avant l'apparition de la troisième feuille.Certains herbicides appliqués au sol sont résiduels. Le métolachlore (Dual), le diméthénamide (Frontier), le dicamba (Banvel), le pendithélamine (Prowl) par exemple, peuvent être appliqués en pré émergence  ou en post émergence hâtive. L'avantage du traitement en post émergence hâtive, c'est de prolonger l'effet résiduel du produit. C'est un avantage qui peut compenser l'utilisation de la dose la plus faible. Le Banvel, par exemple, est homologué à 1 L/Ha en pré et à 0,6 L/Ha en post.

La difficulté du traitement en post émergence hâtive, c'est l'étroitesse de la fenêtre d'application. Il n'y a pas long de l'émergence à l'apparition de la deuxième feuille du maïs. Les mauvaises herbes évoluent vite elles aussi. Or les produits de pré émergence n'agissent généralement pas sur les graminées qui dépassent 2 feuilles.

Les mauvaises herbes résistantes aux herbicides

On rencontre deux types de résistance chez les mauvaises herbes, La résistance monogénique et la résistance multigénique. L'utilisation de doses réduites d'herbicides peut favoriser la résistance multigénique (15% des cas) mais retarde le développement de la résistance monogénique (85% des cas). Tout ceci est théorique ou démontré en laboratoire. Dans la pratique, il n'y a pas de cas répertorié de développement de mauvaises herbes résistantes dû à l'utilisation de doses réduites d'herbicides.

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